• "Adolphe" de Benjamin Constant

    "Adolphe" de Benjamin Constant

    Adolphe a une éducation de prince. Il préfère cependant tout quitter pour Ellénore, une femme de dix ans plus âgée que lui. La passion qui attire, lie, déchire et meurtrit est ici livrée dans une fascinante évocation.

     

     

    Type même du roman d'analyse psychologique, présenté comme "une anecdote trouvée dans les papiers d'un inconnu", "Adolphe" est la confession d'un amour coupable qui s'effondre dans la mort et les remords.

    Précédant "Adolphe", Benjamin Constant a déjà publié le "Cahier rouge" et "Cécile", deux autres romans d'inspiration autobiographique.

     

    L'amour plus fort que la société

    Adolphe est un jeune homme de 24 ans, obscur, marqué par une éducation austère, par un père timide et dur. Plein de ressources et de capacités, il se renferme sur lui-même tout en se forgeant une idée singulière de la mort. De là sa vie dissipée - "Aucun but ne valait la peine d'aucun effort" - , son indifférence à tout et sa liberté d'esprit qui le met en marge de la société. "J'étais, dit-il, un homme immoral et peu sûr".

    Sa volonté d'être aimé le pousse à conquérir une femme, la première qu'on lui présente, Ellénore, polonaise infortunée, maîtresse depuis 10 ans du comte de P***. Après des mois d'entrevues, de lettres, d'échanges, "elle se donna enfin toute entière". Cette liaison fait scandale, et Ellénore est abandonnée par toute la société du comte et du père d'Adolphe, qui somme son fils de réfléchir et de le rejoindre. La situation difficile met les amants dans un état de conflit permanent. Enfin Ellénore se sépare du comte, laissant sa fortune, ses enfants. Les amants sont isolés. Adolphe s'oppose à sa destinée en poursuivant cette liaison.

     

    La société reprend ses droits

    Il désire rompre à son tour mais ne peut s'y résoudre : sans lui, Ellénore est condamnée à mourir de chagrin. Leur relation se tend dans les silences et les soupirs. Le père d'Ellénore meurt, laissant tous ses biens à sa fille, qui part pour son pays natal accompagnée d'Adolphe, lui-même recommandé par son père auprès du baron de T***, qui le reçoit et lui exprime tout le gâchis que cause cette liaison. Monsieur de T*** reçoit Adolphe fréquemment. Il s'instaure un climat de confiance entre les deux hommes, et Adolphe promet qu'il rompra dans les jours à venir. Le jeune homme écrit sa résolution, demandant qu'on prévienne son père. Mais il ne tient pas sa parole, et le baron envoie sa lettre à Ellénore. Elle souffre de fièvres, et supplie son amant de demeurer encore quelques jours, le temps qu'il faudra pour le quitter définitivement, dans la mort.

     

    Quand "Adolphe" paraît en 1816, Benjamin Constant est connu pour ses engagements antibonapartistes. "Adolphe" est incontestablement son chef-d’œuvre, qui aura un retentissement important dans la génération romantique. Le narrateur montre la vérité d'une époque, le mal du siècle fait de lassitude, d'ennui, dans une société factice. Adolphe raisonne patiemment pour fuir la justification et décrire son cœur, ses aspirations, ses illusions. Adolphe est-il coupable de la mort d'Ellénore ? L'écriture est son remords. Il se souvient, s'épanche et enfin se condamne lui-même. Il exprime avec une simplicité déconcertante ce que Balzac appellera "les galériens de l'amour".

    "Les récits autobiographiques sont d'autant plus trompeurs qu'ils paraissent impliquer une sincérité totale : l'auteur abandonne tout déguisement pour dire ce qui lui est arrivé. On croit d'autant plus Adolphe qu'il s'accuse et montre ses faiblesses, et fait la belle partie à la femme qu'il aimait. Mais il est si sensible, si tourmenté des peines qu'il cause, si partagé, si poursuivi par le remords, qu'il tire enfin son épingle du jeu et attendrit : on se dit qu'il ne pouvait faire autrement." (José Cabanis, "Des jardins en Espagne")

    "C'est l'histoire d'un être qui, essayant de ne plus vivre seul, échoue misérablement dans sa tentative (...). Adolphe est comparable à Meursault, le narrateur de "L'Etranger" de Camus. Il a le même "à quoi bon", le même sens de l'absurde". (Georges Poulet, "Benjamin Constant").


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