• Armes en tout genre

     

    « Aux armes et cetera » : cette adaptation de La Marseillaise par Serge Gainsbourg avait en son temps mis le feu aux poudres et suscité de vives passes d’armes. Sans forcément déterrer la hache de guerre, on peut effectivement faire arme de tout, ou presque, faire flèche de tout bois, remuer le couteau dans la plaie, recevoir un coup de massue sur la tête et même se faire sabrer, pendant qu’il tombe des hallebardes ! Passons donc en revue cet étonnant arsenal qui rend les mots si menaçants.

     

                    1 – Prendre les armes

     

    Au sens propre, prendre les armes revient à s’armer en vue d’un conflit. Pour ceux qui n’ont pas une grande expérience du combat et qui auront à vivre leur baptême du feu, il s’agira de faire ses premières armes, d’apprendre donc à se battre, que ce soit sur le terrain ou dans n’importe quel autre domaine où l’on peut avoir à livrer bataille. Utilisée au début d’une carrière militaire, l’expression s’est en effet étendue au monde de l’entreprise, de la politique ou de la diplomatie. On dit d’ailleurs d’un politique qu’il se met en campagne, sans parler de tous ceux qui partent en croisade ! Mieux vaut dans ce cas avoir fourbi ses armes, c’est-à-dire s’y être préparé, l’expression signifiant au sens propre qu’on doit nettoyer ses armes et l’ensemble de son équipement pour s’assurer que tout est en état de marche.

    On peut alors se lancer dans la bataille, croiser le fer avec ses adversaires et s’y révéler une fine lame quand on fait preuve d’adresse. Rompre des lances, c’est-à-dire polémiquer, requiert un certain talent, accompagné de préférence par la noblesse qui caractérisait les tournois de chevalerie dont on a tiré ces expressions. Il n’est pas non plus dégradant d’obtenir quelque chose à la pointe de l’épée, puisque c’est le conquérir de haute lutte, au prix d’efforts considérables. Certains postes ne se décrochent, dit-on, qu’après avoir affronté une rude concurrence ! Mais il faut parfois changer son fusil d’épaule, c’est-à-dire changer d’opinion ou de méthode en vue d’obtenir le résultat escompté, comme le soldat change sa façon d’épauler pour tirer.

    Il y a aussi des combats beaucoup moins héroïques, par exemple si quelqu’un plante un couteau dans le dos de celui qui lui fait concurrence ou s’il le lui met sous la gorge pour le contraindre par la force. On peut aussi acculer quelqu’un en lui mettant l’épée dans les reins, ce qui revient à peu près au même. La menace est explicite, le vocabulaire employé l’est tout autant, montrant clairement l’hostilité et l’agressivité qui se cachent dans certains rapports humains. Être à couteaux tirés avec une personne signifie que l’on est en guerre ouverte avec elle.

    Un petit chef autoritaire peut être également tenté de mener son petit monde à la trique ! D’autres ne rechignent pas à utiliser certaines faiblesses et à faire preuve de cruauté, comme ceux qui vont remuer le couteau dans la plaie quand ils savent qu’ils ont touché un point sensible et douloureux. Certains mots peuvent aussi être particulièrement tranchants et servir à donner de véritables coups de poignard ! Ceux qui pensent que la fin justifie les moyens sont prêts à faire arme de tout et donc à utiliser tout ce qu’ils trouvent, pourvu qu’ils puissent atteindre leur but ; ils font alors généralement flèche de tout bois.

     

                    2 – Le choix des armes

     

    La plupart des expressions qui font appel aux armes se fondent sur leur action.

    Tirer sur quelqu’un à boulets rouges revient à l’agresser, verbalement bien sûr, avec une grande violence, puisque les boulets en question, avant d’être tirés, étaient rougis dans le feu pour faire davantage de dégâts.

    Si l’on dit d’un candidat à un examen qu’il est fait sabrer, c’est parce que le jury s’est montré avec lui excessivement sévère, le sabre servant initialement à éventrer les chevaux dans les batailles, avant d’être utilisé dans la marine pour les combats rapprochés (on parle alors de sabre d’abordage).

    On peut aussi sabrer un article de journal en y pratiquant de nombreuses coupures. En revanche, donner un coup d’épée dans l’eau, c’est faire quelque chose d’inutile, manquer son coup.

    Certaines armes peuvent être à double tranchant et se retourner contre celui qui les a employées. On évoque dans ce cas un retour de bâton. Des armes de poing et même des armes à feu permettent de décrire la violence des coups portés ou subis. On peut ainsi avoir l’expression de recevoir un coup de massue sur la tête quand on vous annonce une très mauvaise nouvelle qui vous assomme. Et il arrive de se faire matraquer dans un restaurant par une addition salée si personne ne vous a prévenu d’éviter un lieu où « c’est le coup de fusil » !

     

                    3 – Déposer les armes

     

    L’expression signifie que l’on capitule, que l’on se rend.

    On peut alors enterrer la hache de guerre et faire la paix, ou au moins faire une trêve. Ne pas manifester d’hostilité, tout en restant sur ses gardes, c’est rester l’arme au pied comme le fait le soldat au repos. Enfin, avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête révèle le sentiment de courir un danger aussi pressant que permanent. L’expression vient de ce que Denys de Syracuse voulut donner à Damoclès un exemple significatif de la fragilité du pouvoir en suspendant au-dessus du siège où ce dernier venait de prendre place une épée qui n’était retenue que par un crin de cheval et qui risquait donc de se décrocher à tout moment pour lui fendre le crâne…

    Mais il y a bien pire, comme passer l’arme à gauche. On utilise cet euphémisme pour ne pas avoir à dire que celui dont on parle est en train de mourir. La gauche est, de fait, le côté où l’arme est en repos, qu’on porte l’épée au fourreau ou le fusil en bandoulière, pour peu (bien sûr) que l’on soit droitier.

    Heureux celui qui n’aura fait que sentir le vent du boulet, parce qu’il aura alors échappé, sinon à la mort, du moins à un grave préjudice. Une chance que n’ont pas eu tous ceux qui étaient considérés comme de la chair à canon, notamment pendant la Première Guerre mondiale, et que l’on a nommés ainsi parce qu’ils étaient en première ligne, à portée de canon.

     

                    4 – Désarmer

     

    Il est rassurant de constater que notre langue a également su désamorcer et désactiver une partie de cet arsenal. Certaines armes, en effet, ont été retenues plus volontiers pour leur forme que pour leur action.

    Un visage en lame de couteau n’est rien d’autre qu’un visage pointu et effilé. Un appartement en coup de fusil est un appartement tout en longueur et relativement étroit. Là, comme ailleurs, on peut dormir en chien de fusil, c’est-à-dire les genoux repliés sur le corps, selon la forme que présente le chien du fusil, pièce servant à guider le percuteur.

    Les conditions météorologiques nous paraissent quelquefois hostiles, comme un brouillard épais dont on dira que c’est un brouillard à couper au couteau. Et quand il tombe des hallebardes c’est qu’il pleut à verse, à nous en transpercer. On appelle armes d’hast les hallebardes parce que le fer est placé au bout d’un long manche… La lance aussi est une pique à long manche et à fer pointu ; un fer de lance pourra donc désigner la personne ou l’élément le plus efficace d’un ensemble, un fleuron en somme.


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