• D'une guerre mondiale à l'autre

    L’organisation de la paix fut l’objet essentiel de la politique internationale après 1919 ; elle se heurta aux plus grandes difficultés. Vers 1930, la paix semblait cependant en voie d’organisation. Mais la politique de force et d’agression brutale incarnée par le Japon en Asie, l’Italie fasciste et surtout l’Allemagne nazie en Europe, finit par déchaîner, en 1939, une seconde guerre mondiale.

     

     

    I – Essai d’organisation de la paix

     

    Dans une première période (1919-1932), il y eut quelques efforts, mal coordonnés, pour organiser la paix. Mais d’abord il fallut résoudre les difficiles problèmes nés de la liquidation de la guerre et de l’exécution des traités de paix.

     

    • Les difficiles problèmes de l’après-guerre

    Au lendemain de la signature des traités de paix, la situation internationale restait précaire : d’une part, les États vaincus, particulièrement l’Allemagne, la Hongrie, la Turquie, ne se résignaient pas à accepter les conditions qui leur étaient imposées ; d’autre part, les États vainqueurs étaient divisés : les États-Unis, on l’a vu, refusaient de ratifier le traité de Versailles et d’entrer dans la S.D.N ; la France et l’Angleterre avaient des vues opposées à l’égard de l’Allemagne ; le Japon et l’Italie, mécontents de n’avoir pas obtenu les avantages escomptés, entendaient poursuivre à leur guise leur politique propre ; enfin, les petits États, nouvellement créés ou réorganisés, étaient en rivalité les uns avec les autres.

     

    • Le problème des réparations

    Particulièrement complexe et difficile à résoudre fut le problème des réparations, c’est-à-dire celui des dettes de l’Allemagne à l’égard des Alliés, et des dettes des Alliés entre eux. La somme due par l’Allemagne fut fixée à 132 milliards de marks-or. L’Allemagne se déclarant hors d’état de la payer, Poincaré fit occuper provisoirement par les troupes françaises le bassin de la Ruhr (1923) : la France pourrait au moins contraindre l’Allemagne au paiement en nature sous forme de livraisons de charbon. Sous l’influence de l’habile ministre Stresemann, l’Allemagne se fit alors plus conciliante et les Alliés, de leur côté, acceptèrent d’abaisser le montant de sa dette : le plan Young, en 1929, le fixa à 38 milliards. L’Allemagne reprit ses paiements et obtint en échange l’évacuation de la rive gauche du Rhin (1930). Mais la mort de Stresemann et l’aggravation de la crise économique annihilèrent ces résultats si péniblement acquis. A la conférence de Lausanne (1932), la part non encore payée des réparations allemandes fut annulée. La conséquence en fut que, ne recevant plus rien de l’Allemagne, la France, bientôt suivie par la plupart des autres Alliés, cessa de payer ses dettes aux États-Unis.

     

    • La fixation des nouvelles frontières

    La fixation des nouvelles frontières conduisit également à de nombreuses crises internationales : conflit de la Pologne avec la Lituanie (occupation de Vilna par les Polonais, 1920), avec la Tchécoslovaquie (partage du territoire de Teschen, avec l’Allemagne (partage de la Haute Silésie, 1921), avec la Russie (guerre russo-polonaise, 1920-1921) ; conflit entre l’Italie et la Yougoslavie à propos de Fiume, qui fut finalement annexée par les Italiens (1924) ; enfin, guerre gréco-turque, amenée par le refus du gouvernement révolutionnaire turc, établi à Ankara en Asie mineure et dirigée par l’énergique Mustapha Kemal, d’accepter le traité de Sèvres : après 2 ans de guerre (1921-1922), les Grecs, vaincus, furent chassés d’Asie mineure. Le traité de Lausanne (1923) rendit aux Turcs l’Anatolie entière, Andrinople et la maîtrise des Détroits. Peu après Mustapha Kemal abolit le sultanat et transforma l’ancienne Turquie en une République à l’européenne, qu’il gouverna en dictateur.

    En Extrême-Orient, le Japon, qui avait occupé la province chinoise du Chantoung en 1914, et visait à acquérir une situation prépondérante en Chine, accepta de transiger devant les résistances qui se manifestèrent à la fois en Chine et aux États-Unis. Il évacua le Chantoung et, à la Conférence de Washington (1921-1922), il reconnut le principe de l’intégrité de la Chine et celui de la « porte ouverte » au point de vue commercial ; puis il signa des accords avec les États-Unis, l’Empire britannique, la France et la Russie.

     

    • Les espoirs de paix

    Pour consolider cette paix si laborieusement établie, quelques hommes d’État, au premier rang desquels le ministre français Briand, essayèrent de réaliser le désarmement promis par le traité de Versailles et de réconcilier les anciens adversaires en établissant une sécurité collective. La limitation des armements navals fut réglée par la Conférence de Washington (1922). En 1925, les accords de Locarno, négociés principalement par Briand et Stresemann, garantirent l’inviolabilité des frontières entre Allemagne, France et Belgique, et permirent l’entrée de l’Allemagne dans la S.D.N (1926). La S.D.N réussit à régler pacifiquement nombre de conflits. En 1928, la plupart des États signèrent, sur l’invitation des États-Unis, un pacte de renonciation à la guerre, dit pacte Briand-Kellog. En 1930, Briand ébauchait un projet de Fédération européenne dans le cadre de la S.D.N. La paix semblait en voie d’organisation.

     

    II – La faillite de la paix

     

    Ces espoirs de paix furent brutalement démentis par la politique d’agression du Japon, de l’Italie fasciste et de l’Allemagne hitlérienne.

     

    • Réveil de la guerre en Extrême-Orient : l’agression japonaise contre la Chine

    Malgré la modération dont il avait fait preuve à la Conférence de Washington, le Japon n’avait pas renoncé à ses visées ambitieuses sur la Chine. Il occupa la Mandchourie et en fit, sous le nom de Mandchoukouo, un protectorat japonais (1932). En 1933, il se retira de la S.D.N et poursuivit dès lors sa politique d’expansion en Mongolie et dans la Chine du Nord. En 1936, il conclut avec l’Allemagne et l’Italie un pacte antikomintern, dirigé contre l’URSS. En 1937, il lança une expédition contre la Chine et s’empara de Pékin, Shanghai, Nankin et Hankéou. Mais, contrairement à leurs espérances, les Japonais trouvèrent en face d’eux une grande partie du peuple chinois groupé autour du général Tchang-Kaï-Chek – le conflit sino-japonais ne devait se terminer qu’en 1945, quand le Japon capitula sous les coups des États-Unis à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

     

    • La paix de l’Europe en péril

    En Europe, la paix fut mise en péril dès qu’Hitler arriva au pouvoir (janvier 1933). La Conférence du désarmement terrestre se sépara, en 1934, après 2 ans de vains efforts ; déjà l’Allemagne s’était retirée de la S.D.N (1934). Si Hitler ne réussit pas en 1934 à réaliser l’Anschluss – la réunion de l’Autriche au Reich – il obtint du moins en 1935 un succès si éclatant lors du plébiscite de la Sarre – 90 % des votants se prononcèrent pour le rattachement de la Sarre à l’Allemagne – qu’il put, sans rencontrer d’opposition en Europe, rétablir le service militaire obligatoire en Allemagne. Inquiète, la France se rapprocha de l’URSS et signa avec elle un pacte d’assistance mutuelle – d’ailleurs sans valeur pratique puisqu’il ne fut pas accompagné d’une convention militaire.

     

    • La guerre d’Ethiopie

    De son côté, Mussolini attaqua sans déclaration de guerre l’Éthiopie, empire du négus Haïlé Sélassié et État membre de la S.D.N (octobre 1935). L’Angleterre s’inquiéta pour la route de l’Inde. La S.D.N dénonça l’agression italienne, mais se contenta de voter des sanctions économiques, d’ailleurs mal appliquées. L’Italie se retira à son tour de la S.D.N et fit la conquête de l’Éthiopie : en mai 1936, la capitale Addis-Abeba fut prise, et le roi d’Italie prit le titre d’empereur d’Éthiopie. L’Italie triomphait du même coup des 52 nations qui avaient voulu la mettre hors la loi : la S.D.N ne devait pas se relever de cet échec.

    • L’axe Rome-Berlin

    Cette impuissance de la S.D.N devant un agresseur résolu décida Hitler, en 1936, à réoccuper militairement la zone rhénane, que le traité de Versailles avait démilitarisée. A la stupéfaction de l’Europe, la France laissa faire : l’Angleterre lui refusait son appui. Encouragées par cette abdication, l’Allemagne et l’Italie se rapprochèrent. Jusqu’en 1935, l’Italie, hostile à l’Anschluss et au réarmement allemand, était restée aux côtés de la France et l’Angleterre ; pendant la guerre d’Éthiopie elle s’était déjà rapprochée de l’Allemagne qui l’avait aidée économiquement. En octobre 1936, Mussolini conclut avec Hitler une alliance étroite, connue sous le nom de l’axe Rome-Berlin. Puis l’Allemagne et l’Italie se rapprochèrent du Japon. L’année 1936 marque ainsi un tournant capital dans l’histoire de l’Europe. Désormais les événements allaient se précipiter : déjà la guerre d’Espagne avait commencé.

    • La guerre d’Espagne (1936-1939)

    En Espagne, où le roi Alphonse XIII régnait depuis 1902, s’était établi en 1923 un régime militaire à tendance autoritaire – d’où un grand mécontentement, particulièrement chez les républicains et les séparatistes catalans et basques. En 1931, les élections ayant été un désastre pour les monarchistes, Alphonse XIII dut abdiquer et la République fut proclamée. Entre les réactionnaires, défenseurs de l’Église, de l’armée et de la grande propriété, et les extrémistes anticléricaux et antimilitaristes, qui se ralliaient soit à l’anarchisme soit au communisme, les haines étaient furieuses. Lorsqu’en 1936 les élections eurent été favorables aux extrémistes, des généraux hostiles à la République, parmi eux le général Franco, entrèrent en rébellion contre le gouvernement républicain et déchaînèrent la guerre civile. A son origine, la guerre d’Espagne n’était donc qu’une guerre entre Espagnols, une guerre civile provoquée par une crise intérieure de régime.

    Mais l’Espagne devint alors le champ d’idéologies rivales : de nombreux volontaires étrangers s’enrôlèrent dans les deux camps, avec la complicité plus ou moins masquée de leur gouvernement – fascistes et hitlériens d’un côté, communistes et antifascistes de l’autre. La guerre, marquée de part et d’autre par un acharnement sauvage et par d’horribles cruautés, devait durer 3 ans et se terminer, en 1939, par la victoire de Franco, qu’Hitler et surtout Mussolini avaient fortement épaulé. Comme eux, Franco prit le titre de « Chef » - en espagnol Caudillo – et s’appuya sur une minorité de partisans résolus, les Phalangistes.

     

    • Les provocations hitlériennes : les annexions en temps de paix

    La victoire de Franco encouragea les ambitions d’Hitler. Fort de son alliance avec l’Italie et le Japon, et des difficultés où se débattaient encore la France et l’Angleterre, Hitler résolut d’annexer toutes les régions d’Europe où l’on parlait allemand et de donner à l’Allemagne l’espace vital auquel, disait-il, elle avait droit. Très habilement, il s’était attaché, dans chacun des pays qu’il comptait attaquer, un parti de germanophiles ardents, prêts à faire son jeu. En mars 1938, Hitler occupa l’Autriche et l’incorpora au Reich, réalisant ainsi l’Anschluss. Puis, se posant en défenseur de la minorité allemande de Bohême, il exigea de la Tchécoslovaquie la cession du pays des Sudètes. Or, la Tchécoslovaquie était liée à la France et à l’URSS par des pactes d’assistance mutuelle : un conflit européen semblait inévitable.

     

    • Ultimes efforts de paix des démocraties : l’accord de Munich (septembre 1938)

    Espérant sauver la paix, le Premier anglais Neville Chamberlain se rendit à plusieurs reprises auprès d’Hitler. Finalement, à la Conférence de Munich (30 septembre 1938), qui réunit les représentants de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Angleterre et de la France – à l’exclusion de ceux de la Tchécoslovaquie et de l’URSS – Hitler obtint pour le Reich le pays de Sudètes et, pour ses satellites de Pologne et de Hongrie, quelques territoires tchécoslovaques. Du moins s’engagea-t-il à ne plus formuler aucune revendication territoriale en Europe. Trop confiants dans sa parole, les gouvernants anglais et français conclurent avec lui des accords où les signataires décidaient de discuter en commun toutes les questions susceptibles de mettre la paix en péril. Cette politique de rapprochement avec l’Allemagne inquiéta le gouvernement russe, déjà ulcéré d’avoir été exclu des entretiens de Munich ; elle fut très vivement attaquée en France par les antimunichois. En fait, elle poussa Hitler à aller de l’avant.

     

    III – Le déclenchement de la seconde guerre mondiale (1939)

     

    L’année 1939 fut marquée par une succession rapide de graves événements qui précipitèrent le monde dans la guerre. Hitler, en violation des engagements pris à Munich, fit envahir et occuper la Bohême par l’armée allemande (mars 1939), après que la Slovaquie eut, à son instigation, proclamé son « indépendance » - l’état tchécoslovaque cessait d’exister. Quelques jours plus tard, Hitler contraignait la Lituanie à lui céder le port de Memel, qui en 1914 faisait partie de la Prusse. En avril, Mussolini annexa l’Albanie. Déjà Hitler posait la question des minorités allemandes de Pologne, soulevait la question du Corridor polonais qui isolait la Prusse orientale du reste de l’Allemagne, puis celle de la ville libre de Danzig. Les gouvernements anglais et français donnèrent à la Pologne menacée une promesse d’appui total. Ils étaient d’ailleurs persuadés qu’Hitler n’oserait jamais déclarer une guerre où il aurait pour adversaires la France, l’Angleterre, la Pologne et, croyaient-ils, l’URSS. Mais le 23 août, pour des raisons de pur opportunisme de part et d’autre, l’Allemagne et la Russie signèrent un traité de non-agression : le pacte germano-russe entre l’Allemagne nazie – considérée comme l’ennemie mortelle du communisme – et la Russie soviétique stupéfia le monde entier. Il ne pouvait qu’encourager Hitler, désormais assuré de la neutralité russe, à soutenir, même par les armes, ses exigences à l’égard de la Pologne. De fait, moins de 10 jours après sa signature, Hitler fit envahir la Pologne, sans déclaration de guerre, par les troupes allemandes (1er septembre). L’Angleterre et la France déclarèrent la guerre à l’Allemagne (3 septembre). Ainsi, 20 ans à peine après le traité de Versailles, commençait la seconde guerre mondiale.


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