• La politique doit-elle tenir compte de la morale ?

    Sujet posé d’après l’œuvre de Machiavel, « Le Prince ».

     

    La politique doit-elle tenir compte de la morale ?

    Oui : une politique sans morale est illégitime, car les valeurs morales doivent primer sur l’efficacité.

    Non : pour exercer un pouvoir efficace, les gouvernants ne peuvent pas souvent s’embarrasser de considérations morales.

     

     

    1ère partie : la doctrine de Machiavel, purement pratique, conduit à une apologie du mal. Elle justifie les gouvernements autoritaires et répressifs.

     

    Le machiavélisme est une apologie de l’immoralité.

    L’adjectif « machiavélique » est devenu synonyme de « cynique », ou « dénué de scrupules », voire de « diabolique ». Peut-on affirmer, sans être profondément immoral, que le parjure, la traîtrise, la cruauté sont, dans certaines circonstances, des vertus politiques ? Voilà des préceptes que ne désavoueraient pas un Hitler ou un Staline.

    La finalité de l’État est le bonheur des citoyens.

    Comme l’a souligné le roi Frédéric II de Prusse dans son Anti-Machiavel (1739) – ouvrage revu et corrigé par Voltaire – Machiavel considère la politique d’un point de vue purement pratique (l’efficacité), sans se poser la question du fondement de l’État. Or, comme l’ont expliqué les philosophes des Lumières après Locke, l’État n’est pas une fin en soi, mais résulte d’un « contrat social » dont la seule finalité est de veiller au bien-être de tous ses membres. Il ne peut donc être institué ni par la force, ni par un seul prince.

    La politique doit être fondée sur la morale.

    Un État « efficace » se transforme en machine totalitaire, dans laquelle les hommes ne comptent pour rien. Or tout État, tout pouvoir doit être au service des hommes. Et non eu service d’un seul homme ou d’une conception abstraite de l’État, d’un «monstre froid » (Hegel) qui mettrait la « raison d’État » au-dessus des droits de l’individu. La politique, pour être légitime, doit nécessairement être fondée sur la morale.

     

    2ème partie : pour conquérir et conserver le pouvoir, tous les moyens sont bons. La « raison d’État » ne s’embarrasse pas de morale. Un prince qui fait preuve de faiblesse court à sa perte.

     

    La valeur d’une politique se mesure en termes d’efficacité.

    L’univers politique est régi par des rapports de force impitoyables où priment la violence et la ruse et où la faiblesse ne pardonne pas. Celui qui veut gouverner un État doit donc tout mettre en œuvre – y compris la force, le mensonge, le meurtre – pour y arriver. Il est connu que les gouvernements autoritaires, ceux qui n’admettent pas d’opposition, sont les plus solides. Pour Machiavel, le modèle du prince est César Borgia, un homme dénué de scrupules.

    Un État doit être fort pour survivre.

    Il ne faut toutefois pas croire que Machiavel fasse l’éloge du despotisme en soi. Pour lui, le but ultime de l’État, c’est de garantir la sécurité et la liberté des citoyens. Mais pour cela, il doit être en mesure de conserver le pouvoir et donc être fort. Un État est toujours menacé par des ennemis intérieurs ou extérieurs. La guerre est l’état naturel, pour ainsi dire, de la politique.

    Même les pays démocratiques contemporains admettent le principe de la « raison d’État ».

    Dans certains cas, l’intérêt de l’État ou de la collectivité l’emporte sur les droits individuels. Et, au niveau des relations entre États, l’idéalisme n’est pas non plus de mise. Si les démocraties occidentales avaient fait preuve de fermeté face à Hitler, au lieu de croire à un arrangement possible, la Deuxième Guerre mondiale n’aurait peut-être pas eu lieu.

     

    Conclusion

    Dans la mesure où la finalité de l’État, c’est le bonheur des citoyens, il est difficile d’argumenter, avec Machiavel, que pour atteindre un but moral, il soit légitime d’employer des moyens immoraux. On a rarement vu un tyran devenir philosophe-roi une fois arrivé au pouvoir. Certes, les États modernes se sont formés au cours de l’histoire séculaire pleine de conflits, de guerres, d’actions plus ou moins avouables. En ce sens, Machiavel a raison de dire que la « raison d’État » suit une autre ligne que la morale commune. Toutefois, un gouvernement évolué doit respecter des règles de morale. Sans cela, il n’y a pas de justice, pas de démocratie, pas de paix.


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