• La religion est-elle fondée sur la peur de la mort ?

    La religion est-elle fondée sur la peur de la mort ?

    Oui : c’est « la peur qui a créé les dieux » (Lucrèce)

    Non : la religion est l’acceptation de l’ordre des choses et elle est fondée sur l’amour de Dieu.

     

     

    1ère partie : la crainte de la nature et de la mort pousse les hommes à croire en une divinité, aussi bien pour pouvoir maîtriser les éléments naturels que pour se consoler de la mort.

     

    La religion comme remède à la peur du naturel.

    Épicure et Lucrèce, philosophes matérialistes de l’Antiquité gréco-latine, voient dans la peur de l’homme devant la nature, l’origine de l’idée de Dieu. Les religions païennes divinisent les éléments naturels pour tenter de les maîtriser. Si les religions polythéistes attribuent chaque phénomène naturel à l’intervention d’un dieu, les religions monothéistes, avec leur idée d’un Dieu tout-puissant, suivent le même principe.

    La crainte est le ressort des croyances religieuses.

    Cette idée est reprise par les philosophes empiristes au XVIIe et au XVIIIe siècles. Pour Hobbes comme pour Hume, la croyance religieuse est motivée par des raisons psychologiques. Elle découle d’un sentiment de crainte et d’impuissance devant la fragilité de la destinée humaine. La superstition populaire institue ainsi toute une série de pratiques religieuses proches de la magie pour conjurer le malheur. Par leurs prières, les hommes espèrent gagner la faveur du Ciel et dominer ce que la soi-disant Providence divine a d’incompréhensible pour eux.

    La religion est une consolation.

    La religion peut être aussi conçue comme une consolation morale devant la souffrance et la mort. En croyant à la vie éternelle, l’homme rend le malheur et la mort plus supportables. De plus, certains pensent que sans la crainte de l’enfer, il y aurait peu de chrétiens.

     

    2ème partie : la croyance religieuse peut résulter d’une adhésion serine à l’ordre des choses ou être conforme aux exigences de la raison. Elle peut également être le fruit de l’amour mystique ou d’un sentiment intérieur.

     

    La religion est fondée sur la sagesse.

    Pour les stoïciens, la mort est un fait naturel conforme à la nature et la volonté des dieux. Par conséquent, le sage ne doit pas la craindre, mais l’accepter comme faisant partie de l’ordre des choses. Marc-Aurèle pense ainsi que tout ce qui nous arrive nous est envoyé par les dieux, qui sont bons (idée que les apologistes de la religion chrétienne reprendront).

    La religion est une union mystique avec Dieu.

    Pour Plotin, la religion est une évidence à laquelle l’âme parvient par la contemplation. Elle est fondée non sur la crainte de la mort, mais sur l’amour de Dieu. La mort n’affecte que le corps, c’est pourquoi elle ne doit pas être un motif de crainte. Pour la mystique chrétienne, la foi est donc un produit de l’amour, d’une révélation. Bergson opposera cette religion « dynamique », mystique et positive, à une religion « statique », visant à se prémunir contre l’angoisse de la mort.

    La religion peut être fondée sur la raison.

    Certains philosophes invoquent des arguments rationnels pour affirmer l’existence de Dieu et le bien-fondé de la foi. Leur argument central peut se résumer ainsi : seule l’existence d’un Dieu créateur permet d’expliquer l’existence d’un ordre dans l’univers. Telle est la thèse, notamment, de Leibniz. Rousseau, quant à lui, fait appel au « sentiment intérieur » de la divinité qui est en chacun de nous.

     

    Conclusion

    Attribuer le sentiment religieux à la seule peur de la mort, c’est se faire une idée peu flatteuse de l’homme, c’est croire qu’il n’obéit qu’à l’instinct et aux exigences de la matière. Si l’on admet que les hommes ont une âme et qu’ils ont une composante spirituelle distincte du corps, alors on peut considérer que la croyance religieuse est pour eux une aspiration fondamentale, qui ne peut être limitée à un sentiment de crainte devant la mort. La religion permet de donner un sens à l’univers et à l’existence. Elle est certes une tentative de réponse face à l’interrogation fondamentale de la mort, mais elle fait aussi appel à la notion de sacré, présente en tout homme. Nous avons tous des intuitions de ce qui nous dépasse, de ce qui dépasse le monde humain.


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