• "Les Fleurs du mal" de Baudelaire

    "Les Fleurs du mal" de Baudelaire

    Le poète exprime son aspiration à un idéal inaccessible, les angoisses de son mal de vivre, ses rêves d’évasions à travers les femmes aimées et parfois les décors d’un Paris symbolique.

     

     

    L’idée d’un recueil de ses poèmes apparut en 1845 et connut donc une maturation de douze ans avant de se réaliser. Baudelaire annonça d’abord son projet dans différentes publications périodiques sou le titre provocateur « Lesbiennes » ; il envisagea ensuite de confier l’édition de son manuscrit à Michel Lévy sous le titre de « Limbes ». Finalement, il s’entendit avec Poulet-Malassis qui édita alors le recueil sous le titre définitif des « Fleurs du mal ». Entretemps Baudelaire avait composé de nouveaux poèmes et donné à son ouvrage une orientation plus radicalement pessimiste.

     

    Du bonheur à l’ennui

    Le recueil présente une composition en différentes sections qui permettait de relier a posteriori des pièces écrites à diverses époques et d’inspiration différente, l’effet dominant étant un éloignement progressif du bonheur et une descente dans l’univers désespéré de l’angoisse et de l’ennui.

    La première section « Spleen et Idéal », de loin la plus importante (85 poèmes), évoque au début la malédiction de la condition de poète et la difficulté pour ce dernier d’accéder au bonheur, soit en se consacrant à la perfection de l’art qui se dérobe, soit en aimant des femmes souvent perverses et toujours décevantes. La fuite du temps l’obsède : il rêve d’évasions exotiques, de luxe alangui. La nostalgie, le remords, le regret envahissent son inspiration, et bientôt l’horrible ennui l’investit entièrement. Baudelaire décrit alors de façon saisissante l’emprise victorieuse d’un mal fait de désespoir, d’angoisses, de cauchemars symboliques, qu’il baptise le « spleen ». Les autres sections, « Tableaux parisiens », « Le Vin », « Fleurs du mal », « Révolte » et « La Mort », accélèrent cette déchéance par de vaines tentatives pour y échapper. Ni le spectacle de la ville, ni l’ivresse du vin, ni les comportements anormaux n’offrent d’échappatoires efficaces à sa souffrance. Seule la mort lui offrira peut-être une ouverture « sur les cieux inconnus ».

     

    Une construction calculée

    L’apparente construction du recueil revendiquée par Baudelaire dans une lettre à Vigny : « Le seul éloge que je sollicite pour ce livre est qu’on reconnaisse qu’il n’est pas un pur album et qu’il a un commencement et une fin » ne doit pas faire oublier les difficultés d’interprétation. Bien que dédiée à Gautier, l’œuvre ne peut être tenue pour un exercice de style parnassien ; elle n’a pas davantage pour objet principal le morbide, le malsain et le décadent ; et, malgré ses aspects spiritualistes, elle ne peut être complètement assimilée à une œuvre chrétienne qui décrirait la tentation satanique. En fait mieux vaut se laisser charmer par la variété des thèmes et par la beauté toujours un peu mystérieuse de ces vers aux nombreuses harmoniques.

     

    Les trois femmes qui ont inspiré Baudelaire : Jeanne Duval, la mulâtresse peinte par Manet, qui lui inspirait ses rêves exotiques ; Marie Daubrun, l’inspiratrice de L’Invitation au voyage » ; la présidente Mme Sabatier, pour qui il brûla d’un amour idéalisé.

    Outre la riche thématique qui mériterait de longues études, un des problèmes intéressants des « Fleurs du Mal » est celui de la moralité en art. Si Baudelaire a longtemps hésité à publier ce recueil, c’est non seulement parce qu’il voulait créer un ensemble, mais parce qu’il craignait de n’être pas compris. D’une part, il assure qu’il ressort de son livre une terrible moralité inspirée par l’horreur du mal. D’autre part il pense qu’il faut absolument dissocier les notions d’art et de beauté de celles de morale et vertu : « Je sais que l’amant passionné de beau style s’expose à la haine des multitudes ; mais aucun respect humain, aucune fausse pudeur, aucune coalition, aucun suffrage universel ne me contraindront à parler le patois incomparable de ce siècle, ni à confondre l’encre avec la vertu. » Mais, par ailleurs, il y a chez lui un goût certain de la provocation : « Chaste comme le papier, sobre comme l’eau, porté à la dévotion comme une communiante, inoffensif comme une victime, il ne me déplairait pas de passer pour un débauché, un ivrogne, un impie et un assassin ».


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