• Les régimes de dictature : URSS, Italie, Allemagne

    Les régimes de dictature : URSS, Italie, Allemagne

    Le déséquilibre causé par la guerre, les crises économiques, politiques et sociales qui en furent les conséquences, le désarroi des esprits devant les problèmes de l’heure, tout favorisa en Europe l’établissement des régimes de dictature – en Russie (1917), en Italie (1922), en Allemagne (1933), et dans la plupart des Etats de l’Europe centrale.

     

    I – La Russie soviétique : la dictature communiste

     

    C’est en Russie que la guerre de 1914-1918 a apporté les plus profonds bouleversements : le vieil empire des tsars a fait place à une République communiste, qui est devenue une grande puissance économique et militaire.

     

    • La révolution de 1917

    La ruine de l’empire russe fut déterminée par l’incapacité du gouvernement tsariste et la mauvaise conduite des opérations militaires. Le manque de pain et de charbon dans les grandes villes fit éclater la révolte (mars 1917). Nicolas II dut abdiquer. La Révolution russe prit bientôt le caractère d’une révolution sociale : appuyés sur les Soviets, comités de délégués des ouvriers et des soldats, les bolcheviks ou communistes, Lénine et Trotski à leur tête, s’emparèrent du pouvoir (novembre). Ils ne tardèrent pas à signer avec les Allemands l’armistice (décembre), puis la paix de Brest-Litovsk (mars 1918).

     

    • L’Union des Républiques socialistes soviétiques

    Le régime bolchéviste instauré par Lénine réussit à se maintenir au lendemain de la guerre, malgré les efforts des Blancs ou contre-révolutionnaires soutenus par les Alliés. Après 3 ans de guerre civile (1918-1921), les Blancs furent vaincus par l’armée rouge qu’avait organisée Trotski. Le communisme s’implanta solidement dans la Russie d’Europe et d’Asie. Les bolcheviks s’efforcèrent même de propager la révolution communiste dans le monde entier et fondèrent à cet effet la Troisième internationale – ou Komintern – (mars 1919). Bon gré mal gré, tout en se méfiant de la propagande que dirigeait Moscou, la plupart des gouvernements finirent par entrer en relations régulières avec la Russie communiste : celle-ci devient membre de la Société des Nations en 1934.

     

    • Organisation politique

    A l’intérieur de la Russie, Lénine détruisit totalement l’ancien régime politique. Il transforma l’empire des tsars en une République communiste fédérative dont la capitale est Moscou et qui porte, depuis 1922, le nom d’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, en abrégé U.R.S.S. Le pouvoir suprême appartient au Congrès des Soviets et le gouvernement est aux mains du Conseil des Commissaires du peuple. Malgré les modifications libérales apportées à la Constitution en 1936, le régime est resté une dictature totalitaire exercée en fait par les chefs du parti communiste. A Lénine, mort en 1924, a succédé Staline, qui l’a emporté sur Trotski. Staline a brisé toute opposition au régime et consolidé sa dictature personnelle par les plus sanglantes épurations au sein même du parti communiste. Depuis sa mort (1953), le régime dictatorial paraît s’être atténué ; du moins le principe d’une dictature personnelle a été catégoriquement répudié.

    • Œuvre économique, sociale et culturelle

    L’organisation économique et sociale fut, elle aussi, profondément transformée. Les banques, les industries, le commerce, furent nationalisés ; les ouvriers obtinrent le contrôle des usines ; la propriété privée de terre fut abolie – en fait les paysans s’emparèrent des terres de la Couronne, de l’Église et des nobles. Mais l’anarchie, compliquée par une épouvantable famine, devint telle, qu’en 1921, Lénine dut renoncer à appliquer immédiatement le communisme intégral. Il institua la « Nep », ou nouvelle politique économique, qui fut un compromis entre le communisme et le capitalisme : liberté partielle rétablie dans le commerce et l’industrie, libre disposition d’une partie de leurs produits rendue aux paysans, appel aux capitaux et aux techniciens étrangers. La crise fut conjurée et l’activité économique reprit.

    Plus tard, Staline en revint à l’application du communisme intégral. Il voulait atteindre un double but : d’une part faire de la Russie, pays jusqu’alors essentiellement agricole, une grande puissance industrielle ; d’autre part créer dans les campagnes une économie agricole et collective. Dès 1928, une premier plan quinquennal fut mis en application et donna une impulsion prodigieuse à la grande industrie, à l’industrie métallurgique et à la production d’énergie surtout ; l’industrialisation de l’Oural fut considérablement développée. Dans le même temps, des exploitations agricoles collectives étaient organisées, et les résistances paysannes impitoyablement brisées. Un second plan quinquennal (1933) entreprit d’industrialiser de nombreuses autres régions, de développer de nouvelles industries de base, les industries chimiques et textiles surtout. Les usines dont la production était complémentaire furent groupées en combinats par régions. D’autre part, grâce à l’introduction du machinisme dans l’agriculture et à la mise en valeur des terres incultes, la production agricole augmenta.

    Le but de la transformation économique était de créer une société où le niveau de vie fût, à tous égards, supérieur à celui des « pays capitalistes ». Les communistes magnifièrent le travail ; non seulement ils proclamèrent le droit au travail, mais encore ils affirmèrent que celui qui ne travaille pas n’a pas le droit de vivre en URSS. Une législation sociale hardie protégea le travailleur, lui garantit les secours en cas de maladie ou de vieillesse. Il ne jouissait en revanche d’aucune des libertés syndicales – droit de grève, liberté du travail – pour lesquelles le socialisme avait lutté au cours du XIXe siècle. Il ne pouvait se déplacer librement à l’intérieur du pays, à plus forte raison se rendre à l’étranger. L’existence d’une classe unique de travailleurs n’excluait pas les inégalités sociales.

    Une œuvre considérable fut réalisée dans le domaine de l’instruction. La multiplication des laboratoires, le nombre et la valeur des savants permirent à l’URSS de jouer un rôle éminent dans les progrès de la science pure et appliquée. Certaines œuvres littéraires et surtout les réalisations cinématographiques s’imposèrent à l’attention universelle. Mais le régime soviétique, comme tous les régimes totalitaires, n’admettait pas la liberté d’opinion, la libre expression des idées.

    L’URSS était, en 1939, avec sa population de 170 millions d’habitants, une grande puissance économique et militaire. Mais, vivant repliée sur elle-même, sans relations normales avec les autres peuples, elle était mal connue, mal jugée – personne ne l’estimait à sa véritable force.

     

    II – l’Italie mussolinienne : la dictature fasciste

     

    L’Italie avait espéré beaucoup de son entrée en guerre en 1915 aux côtés des Alliés. Les perturbations économiques apportées par la guerre et la déception causée par les traités de paix – malgré l’annexion de l’Istrie et du Trentin – amenèrent un profond mécontentement qui tourna bientôt à la révolution sociale. Devant la faiblesse des gouvernements parlementaires, les menaces de guerre civile provoquèrent une violente réaction. Pour rétablir l’ordre et barrer la route au communisme, un ancien socialiste, Mussolini, organisa des groupements fascistes qui formèrent bientôt une véritable armée, puis il s’empara du pouvoir par une marche sur Rome (1922).

    Le fascisme se présentait comme un parti d’ordre et de grandeur nationale ; il n’impliquait pas nécessairement l’établissement d’une dictature. Mais Mussolini voulait gouverner en maître. Il créa une forte police politique – la Milice -, élimina par la terreur tous les adversaires du fascisme et abolit toutes les libertés. Il conserva le régime monarchique, mais transforma profondément l’organisation de l’État. Le suffrage universel fut supprimé, le pouvoir des Chambres réduit à rien : en fait, le « Duce », assisté du Grand Conseil fasciste nommé par lui, cumulait tous les pouvoirs. Il réconcilia l’Église et l’État et résolut enfin la question romaine par les accords de Latran (1929) qui ressuscitèrent un État pontifical, la minuscule Cité du Vatican. Mais ces accords n’évitèrent pas les conflits entre le Saint-Siège et l’État fasciste, qui se disputaient l’embrigadement de la jeunesse italienne.

    Mussolini s’efforça surtout de développer la richesse économique de l’Italie, d’exalter les énergies nationales et d’accroître au-dehors la puissance italienne. L’agriculture fut développée ; l’effort industriel fut intensifié, orienté notamment vers la fabrication des produits synthétiques : caoutchouc, laine, rayonne… De grands travaux publics furent entrepris, Rome embellie. A partir de 1934, les syndicats (déjà mis au pas et privés de toutes libertés, y compris le droit de grève) furent groupés en corporations. Mussolini, assisté du Conseil des Corporations, dirigea toute la vie économique du pays.

    La politique impérialiste de Mussolini fut marquée par l’annexion de Fiume (1924), l’élargissement des frontières de la Tripolitaine (1935), l’occupation de l’Éthiopie (1935-1936), l’annexion de l’Albanie (1939). A la veille de la Seconde guerre mondiale, Mussolini ne cachait pas ses visées sur la Grèce, et il poussait la presse fasciste à exiger bruyamment le « retour » à l’Italie de la Corse et de la Tunisie.

     

    III – L’Allemagne hitlérienne : la dictature nazie

     

    La défaite avait produit un tel ébranlement en Allemagne que celle-ci ne cessa de traverser de graves crises de régime jusqu’à l’arrivée d’Hitler au pouvoir (1933).

     

    • Échec du bolchévisme

    La défaite militaire avait provoqué la révolution (novembre 1918) ; la république avait été proclamée dans les différents états et un gouvernement provisoire s’était constitué à Berlin sous la présidence d’Ebert, un ancien ouvrier devenu député social-démocrate. Quand les socialistes extrémistes ou Spartakistes essayèrent d’établir en Allemagne le régime bolcheviste, Ebert fit appel à l’armée et les écrasa.

     

    • Faiblesse de la république démocratique de Weimar (1919-1933)

    Une Assemblée constituante, réunie à Weimar (1919), vota une nouvelle constitution fédérale, dite Constitution de Weimar qui, sans créer encore un État allemand unique, renforça l’unité allemande et fit du Reich une république démocratique et parlementaire. Ebert devint président du Reich. A sa mort (1925), les grands propriétaires et les grands industriels firent triompher leur candidat : ils portèrent à la présidence le maréchal Hindenburg.

    Le nouveau régime eut une existence précaire. Aux coups de force des partis de droite répondirent les soulèvements communistes (1923). Soit impuissance, soit désir d’éluder les obligations du traité de Versailles, le gouvernement laissa la crise monétaire et l’inflation s’aggraver jusqu’à une banqueroute (1923) qui, en ruinant les classes moyennes, entraîna leur disparition. L’habile administration du ministre des Finances Schacht amena un redressement, mais la crise économique mondiale, en 1929, jeta les masses populaires allemandes dans le chômage – 7 millions de chômeurs en 1931 – et dans une affreuse misère. Les souffrances des ouvriers et des petits bourgeois ruinés, jointes à l’irritation d’un grand peuple vaincu qui jugeait intolérables les conditions auxquelles il était soumis par le « diktat » de Versailles, allaient permettre à un audacieux agitateur, Hitler, de renverser la République.

     

    • La montée d’Hitler

    Hitler s’était donné pour but la destruction du traité de Versailles, la lutte contre les Juifs et les socialistes qu’il rendait responsables de la défaite allemande. Apôtre fanatique des théories racistes, plein de mépris pour les idées de liberté, de parlementarisme et de démocratie, prêt à tout pour réussir et faisant appel aux plus basses passions, il groupa les mécontents dans un nouveau parti, le parti national-socialiste ou nazi. Puissant orateur populaire, Hitler mena une furieuse campagne contre la République de Weimar. Les élections de 1932 donnèrent au parti nazi près de 14 millions de voix et 230 sièges au Reichstag. En 1933, le président Hindenburg fut contraint de nommer Hitler chancelier, bien qu’il méprisât cet aventurier. Celui-ci prit immédiatement des mesures de répression contre les communistes, qu’il accusa de l’incendie du Palais de Reichstag, et se fit accorder des pouvoirs dictatoriaux par le Reichstag. L’année suivante, la mort d’Hindenburg permit à Hitler de cumuler les fonctions de chancelier et de Président ; avec le titre de Führer (Chef), il devint légalement le maître tout-puissant du Reich (1934) – un plébiscite lui accorda près de 90 % des suffrages.

     

    • L’Allemagne national-socialiste

    L’Allemagne fut soumise à un régime d’unification politique et sociale poussé à l’extrême. L’autonomie des États particuliers fut progressivement supprimée et, pour la première fois de son histoire, l’Allemagne forma un État unitaire. Les partis politiques furent interdits, à l’exception du parti nazi. Les syndicats et le droit de grève furent supprimés, les ouvriers embrigadés dans un Front du Travail. Une formidable police politique, la Gestapo, brisa toute opposition. Le gouvernement multiplia les lois d’exception contre les Juifs et les marxistes, qui furent parqués et soumis dans des camps de concentration, au régime le plus inhumain de torture et d’avilissement.

    Du moins Hitler sut-il développer prodigieusement la productivité de l’Allemagne et par là résorber le chômage. L’économie dirigée fut instaurée ; en vue de réduire le plus possible ses importations, l’Allemagne intensifia ses cultures, fabriqua des produits de remplacement : pétrole et caoutchouc synthétiques, textiles artificiels… ; les industries métallurgiques, notamment les industries des armements, furent puissamment développées. Les pays du Sud-est européen devinrent les satellites économiques du Reich. Toute l’activité de l’Allemagne était d’ailleurs tournée vers la préparation de la guerre : aussi l’armée fut-elle renforcée et outillée de la façon la plus moderne. En 1939, l’Allemagne était redevenue une grande puissance militaire, mais on était loin de soupçonner l’immense danger qu’elle représentait pour les États voisins.

     

    IV – Les dictatures de l’Europe centrale

     

    En Europe centrale, les traités de paix avaient formé ou réorganisé 6 États aux dépens de la Russie, de l’Allemagne, et sur les ruines de l’Autriche-Hongrie. C’étaient les royaumes de Roumanie et de Yougoslavie, les Républiques de Pologne, d’Autriche et de Tchécoslovaquie, la régence de Hongrie.

    Non seulement la délimitation des frontières respectives de ces États a donné lieu à de nombreux conflits, mais encore, à l’intérieur de chacun d’eux, les luttes politiques furent souvent si violentes que les régimes libéraux, installés au lendemain de la guerre, firent partout place, sauf en Tchécoslovaquie, à des régimes de dictature. En Pologne, un chef populaire, le maréchal Pilsudski, fit un coup d’État et gouverna en maître (1926-1935). En Yougoslavie, pour mettre fin aux querelles nationales entre Serbes et Croates, le roi Alexandre assuma la dictature (1928), mais il fut assassiné en 1934 à Marseille, par un terroriste croate. Même évolution en Roumanie, où le roi fut contraint de supprimer le régime parlementaire. En Hongrie, le gouvernement du régent Horthy fut de plus en plus réactionnaire. En Autriche, le gouvernement catholique du chancelier Dollfuss brisa, par la force, le mouvement socialiste (1933), puis lutta péniblement contre les nazis qui poussaient à l’Anschluss, c’est-à-dire au rattachement de l’Allemagne ; l’Autriche devait finalement être incorporée de force au Reich hitlérien (1938).

    Seule la Tchécoslovaquie, sous l’habile direction des Présidents Masaryk et Bénès, conserva un régime politique démocratique et libéral, malgré les antagonismes entre Allemands et Tchèques, entre Tchèques et Slovaques ; mais, comme l’Autriche, elle devait finir par succomber sous les coups d’Hitler (1938-1939).


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