• "Rome, Naples et Florence", de Stendhal

    "Rome, Naples et Florence", de Stendhal

    Stendhal nous raconte l’Italie du XIXe siècle, un pays dont il se délecte à découvrir les mœurs, tout autant que les arts, et les mille façons qu’on y a de chasser le bonheur. Stendhal reproche aux nombreux voyageurs qui l’ont précédé en Italie de n’avoir su tirer de leurs pérégrinations qu’une description des murs, en ignorant les mœurs. « Les voyageurs, écrit-il dans "L’Italie" de 1818, ne se sont pas doutés des mœurs, des habitudes, des préjugés, des diverses manières de chercher le bonheur du peuple qu’ils traversaient, ils n’ont vu que les murs. »

     

     

    Un journal de voyage fantaisiste

    Choisi sans doute pour sa consonance plus que pour sa signification, le titre du livre "Rome, Naples et Florence" est trompeur, car les descriptions de Stendhal ne se limitent pas à ces trois villes. Milan et Bologne en particulier y occupent une place importante, tandis que d’autres localités comme Pavie, Plaisance, Volterra, Paestum, Otrante, Castelfiorentino sont également évoquées.

    Stendhal a profité d’un congé de plusieurs mois pour se rendre dans ce qu’il appelle « le jardin de l’Europe », cette Italie à laquelle il voue bientôt une véritable passion (bien qu’il en ait été expulsé en 1821). Présenté comme une simple chronique ou une sorte de correspondance de voyage, dans laquelle il mêle à la fois ses impressions, ses réflexions ou des histoires entendues, le livre est en fait une reconstitution fantaisiste de plusieurs voyages successifs, et les dates mentionnées ne sont pas fiables. Ainsi l’ouvrage ouvre sur celle-ci : « Berlin, 2 septembre 1816 » ; or, à cette date, Stendhal n’était pas à Berlin.

     

    Un recueil de sensations

    On cherchera en vain ici quelque chose qui ressemblerait à un guide de l’Italie. Vivre dans un tel pays est pour Stendhal une façon de vivre plus intensément et de dégager certaines idées sur la politique, la morale et la psychologie – sur l’amour comme cristallisation par exemple, ou l’importance de la quête du bonheur – qu’il explicitera plus tard dans d’autres ouvrages.

    Les arts, et tout particulièrement la musique, tiennent naturellement une grande place dans ses préoccupations. Il dit ce qui lui plaît, mais aussi ce qui lui déplaît – dans la basilique Saint-Pierre de Rome, par exemple. On retrouve aussi dans ce livre l’admiration de Stendhal pour Napoléon et une critique sévère des régimes politiques traditionnels italiens. Irrespectueux, désinvolte, ce regard très personnel du voyageur qui n’hésite pas à s’implanter lui-même dans son récit confère à ce dernier chaleur et vivacité.

     

    Notes d’éditeurs

    Stendhal a réalisé plusieurs éditions de son voyage en Italie, celle-ci est la troisième et date de 1826. ""Rome, Naples et Florence" pourrait porter cet autre titre : "Le Bonheur retrouvé". Stendhal a perdu l’Italie, ce paradis perdu, le 13 juin 1821, quand, expulsé, il a dû quitter Milan… La France a aussi perdu l’Italie. Et cette analogie explique qu’il pense souvent aux soldats de Bonaparte et à leur arrivée en Italie, double libération pour le pays et pour eux." (Pierre Brunel, préface de "Rome, Naples et Florence", 1988).

    Comparant la France et l’Italie dans un autre de ses ouvrages, "La vie de Rossini", Stendhal insiste sur la place qu’occupe l’amour dans la vie de nos voisins d’au-delà des Alpes : « A Paris, écrit-il, nous avons tous les plaisirs ; il n’y en a qu’un en Italie, l’amour d’abord et les Beaux-Arts qui sont une autre manière de parler d’amour. » D’où les multiples histoires d’amour fou qui ponctuent ce récit de voyage.

    Le recours à l’écriture est ici presque occasionnel : « Mon but n’était pas d’écrire, mais ma vie de voyageur rompant toutes les habitudes, force est bien de recourir au grand dispensateur du bonheur ; il faut s’imposer un travail, sous peine de regretter Paris. On écrit au crayon dans les moments perdus, en attendant les chevaux de poste… ; l’été, on écrit assis dans les églises, lieux très frais, d’une jolie obscurité, et qui se trouvent exempts d’insectes et de bruits ». (Stendhal, "Rome, Naples et Florence")


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