• "Signe ascendant", d'André Breton

    "Signe ascendant", d'André Breton

    Se livrant à une défense et illustration de l’analogie, le chef de file du surréalisme conjugue efficacité théorique et voyance poétique. Si Breton emprunte au vocabulaire de la voyance l’expression de signe ascendant, c’est parce que, pour lui comme pour Rimbaud, le poète doit se faire voyant afin de dépasser les limites de la perception ordinaire.

     

     

    L’analogie comme méthode de transfiguration

    Sous le titre général de "Signe ascendant", ont été regroupés, peu après la mort d’André Breton, divers poèmes dont l’unité apparaît à la lecture du premier texte : véritable manifeste en faveur de la pensée analogique, c’est lui qui donne son titre à tout le recueil. Parce que la pensée logique est antipoétique, c’est-à-dire incapable de produire des images et de procurer un quelconque plaisir, tant sur le plan intellectuel que sur le plan émotionnel, il est nécessaire de renouer avec le fil de la pensée analogique. Elle seule permet en effet de mettre en rapport des réalités que la logique donne pour inconciliables. Ce n’est que par le retour à cette pensée que nous avons perdue, que la poésie surréaliste, par le biais de la métaphore et de la comparaison, pourra avoir lieu. Les pages suivantes du recueil constituent précisément ce lieu où le poète visionnaire, résolument placé sous le « signe ascendant » de l’analogie, défait les liens que la logique a tissés. S’il nous livre une image décomposée du réel, c’est parce que celui-ci est toujours recomposé à travers le prisme archaïque de l’analogie.

     

    Écriture et utopie

    Si, par utopie, on entend moins le non-lieu que le bon lieu, "Signe ascendant" apparaît tout entier comme traversé par la dimension de l’utopie. Il y a d’abord le long poème, intitulé "Ode à Charles Fourier", dans lequel Breton s’adresse au célèbre utopiste du XIXe siècle pour constater avec nostalgie qu’aucun de ses principes n’a pu être appliqué. Parce que les hommes n’ont pas écouté Fourier, aucune politique n’a pu faire disparaître l’injustice et l’inégalité. C’est la même nostalgie qui habite Breton quand il prône le retour à l’analogie. Parce qu’elle seule permet d’établir des liaisons satisfaisantes, d’apercevoir, par-delà la loi de la réflexion et les cheminements de la déduction, les rapports et les concordances cachées, elle constitue, au sens propre, l’utopie de la pensée. C’est la poésie qui, dans l’espace restreint du poème, pourra venir réactiver ces deux utopies afin, selon l’expression de Breton, de se mettre au service de la révolution. La poésie, ou l’utopie du langage…

     

    Notes d’éditeurs

    Un critique contemporain, spécialiste du surréalisme, a fort bien défini les deux inclinations opposées de l’écriture de Breton, dont témoignent tous les poèmes réunis dans "Signe ascendant" : « Le côté Maldoror – Apollinaire : les complaisances à la rhétorique en ce que celle-ci autorise les plus folles envolées ; les métaphores arbitraires ; les recours aux effets mélodramatiques ; les clins d’œil au lecteur. Le côté « Poésies » - Reverdy : le goût de la sentence irréfutable ; l’amour des vérités premières ; le penchant à l’argutie ; la naïveté retrouvée. A deux niveaux différents sans doute, ici et là me paraissent s’articuler les pôles opposés entre lesquels s’inscrit la poésie d’André Breton et que l’on pourrait, pour la commodité, décrire l’une comme la tentation du grand mouvement cosmique, auquel on se fond au risque de s’y noyer, l’autre comme la volonté de reprendre pied, de se situer à la hauteur même des êtres et des choses, ni plus haut ni, bien sûr, plus bas ». (José Pierre, "La pratique de la poésie" dans le Magazine littéraire n°254, mai 1988).

    Plus proche de Breton, Georges Bataille écrivait en 1947, à propos d’"Ode à Charles Fourier", que Breton « s’efforça, non sans obstination, de trouver le passage du marxisme au surréalisme ». Article paru dans la revue Critique en 1947.


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